Après un périple qui m'a mené de l'Ardèche en Italie, de Banne à Florence en passant par les Cinqueterre,puis en Provence, je reprends donc le cours de ce blog alors que je me suis retrouvé déconnecté pendant un moment. Lorsqu'on est habitué à passer pas mal de son temps online, ça fait bizarre, surtout parce qu'on a peur que tout ce qu'on a envie de partager ne s'évapore faute de trouver le chemin instantané du cyberespace, enfin voilà que je vous retrouve et c'est le principal, et ce pour un événement : après une nouvelle interview d'un artiste américain de grand talent, Jesse Parrotti, que vous avez pu découvrir ici, voici, comme promis, Bann'Art 2008 ( les merveilles de la peinture florentine, au coeur d'une ville musée aux galeries somptueuses, je vous le réserve pour plus tard....)

Et donc je me propose de publier mes impressions en plusieurs parties en commençant par le très beau et singulier

Bann'Art 2008 (du 16 Juillet au 20 Juillet)

Acte Premier

Ce festival essentiel et réjouissant, feu d'artifice de talents et de couleurs, de tons et d'ambiance, de charme et d'originalité m'a enchanté . Si vous n'êtes jamais allé à cet excellent festivalétiqueté 'd'art singulier', mais entre nous, qu'est-ce qui compte dans l'art, si ce n'est l'émotion de la rencontre d'un univers qui nous séduit et, partant de là, les étiquettes n'ont plus réellement lieu d'être sans être artificielles, enfin, c'est une question de point de vue- je disais donc, si vous n'êtes jamais allé à ce festival, je vous propose un tout petit aperçu de ce que j'ai eu le temps de voir et que je complèterai par les interviews des artistes présents qui voudront bien se prêter au jeu. Je pense que plusieurs des artistes que j'ai contacté là-bas voudront que les lecteurs du blog puissent mieux les connaître , eux et leur travail. J'ai moi-même fait une première petite sélection parmi ceux que j'ai vus, mais ceux à qui je n'ai pas eu le temps de parler sont les bienvenus pour participer à cet humble prolongement de l'échange avec le public, dans un contexte différent.

Ceci étant dit, première chose très importante, tous autant que vous êtes, si vous aimez l'art , même de loin, si vous désirez que les différences puissent s'exprimer alors SOUTENEZ CE FESTIVAL DE TOUTES VOS FORCES et cela, pour plusieurs raisons : tout d'abord, cet événement unique en son genre en France - tant par l'organisation que par la beauté du site - en a besoin et votre soutien pourra aider les organisateurs à continuer leur œuvre et une mention spéciale va à toute l'équipe des 3A ainsi qu'à la fondatrice infatigable et inspirée qu'est Marthe Crégut (en photo nimbée de la très belle lumière qui entre dans les 'écuries'), et ensuite, parce que souvent, les artistes présents à ce festival ont besoin d'être encouragés, écoutés, chéris, protégés, et mis en avant le plus possible afin que le monde de l'art s'ouvre le plus possible. Je vous donne un exemple tiré d'une conversation entendue par hasard au sympathique petit bar, joliment nommé 'l'Outre-Monde' : Là, un monsieur, la cinquantaine expliquait à une amie que son goût avait toujours été influencé par les canons « classiques », l'art « académique » et que c'est en rencontrant les artistes au festival qu'il avait compris leur peinture, ou leur démarche, et qu'il en était venu à les aimer et les collectionner. En effet, à Banne, les artistes se rendent disponibles, ils sont à l'écoute, prêts à expliquer et partager. On est loin des ambiances feutrées aux relents de petits fours. Et bien au contraire, l'ambiance ici est chaleureuse, et ça se sent immédiatement.

Le festival de Banne est une fête qui démarre par un parcours : on commence par emprunter une petite route sinueuse qui monte au village, perché tout en haut d'une colline qui domine une vallée ardéchoise, un peu à l'est des célèbres gorges – mais suffisamment éloigné de l'agitation des plaisirs nautiques et surpeuplés – On aboutit à une belle petite place ensoleillée et l'on devine instantanément qu'il fait bon vivre ici, on y aperçoit l'Outre Monde, le bar dont je parlais plus haut. Mais le plus pittoresque reste à venir puisque d'étroites ruelles aux ombres dansantes partent de là, et grimpent vers le haut du village et, au fil de notre promenade, on découvre un à un les lieux d'exposition où l'art singulier s'épanouit au contact des vieilles pierres. Je suis d'abord monté vers la salle du Roure et sa grotte où un groupe d'artistes des plus accueillantes exposaient leurs œuvres. A Banne, il n'y a pas que des peintres, il y a aussi des sculpteurs, des céramistes, des couturières, c'est l'art singulier au pluriel : toutes les techniques se mélangent et le talent est partout présent.

Cette célèbre salle du Roure , haut lieu d'exposition à l'origine du développement du festival- est-ce le mystère de sa grotte ou l'impression de déjà-vu qui gagne les chanceux qui ont eu l'occasion de visiter le petit musée du bizarre de Lavilledieu, créé par Candide, rendons lui encore et toujours le plus sincère hommage, un pionnier de l'art singulier , mêmes pierres ici et même ambiance mi-solennelle mi-ludique – enfin, sur mon parcours, c'est là que j'ai entamé ma visite :

Une des choses qui m'a beaucoup attiré dans l 'art singulier, c'est la place faite aux femmes artistes, bien présentes à Banne et ce sont trois de ces artistes qui m'ont enchanté dès les premières minutes, d'abord grâce à l'aisance du contact, à ce sentiment diffus de camaraderie et de participation à un événement collectif. D'abord ce sont les œuvres d'Emilie Collet qui m'ont le plus fasciné.


A l'heure où de nombreux artistes en sont à la énième revisite de Basquiat sans vraiment ni l'égaler et ni apporter grand chose de plus, j'ai senti que dans les personnages de Mlle Collet, il y avait cet ingrédient fondamental du mystère et que là, on pouvait voir l'art en mouvement, en invention. En peinture comme en sculpture, cette artiste nous propose des idoles modernes, sortes de poupées vaudou dépositaires de pouvoirs, et à coup sur , du pouvoir de nous emmener avec elles dans leur univers. Assurément, il y a de la magie dans l'air autour de ces personnages, et c'est pourquoi je vais suivre cette artiste attentivement.

Je n'ai pas pu rencontrer Irma de Witte, mais ses tableaux naïfs et colorés ont aussi accroché mon regard.

D'une composition complexe et harmonieuse, c'est un autre univers que cette artiste-là nous propose, animaux fabuleux, personnages esquissés, scènes de dialogue, voilà des œuvres qui parlent à l'œil aussi bien qu'à notre imaginaire : les mondes d'Irma de Witte font écho à nos mondes intérieurs, lorsqu'ils sont apaisés et tranquilles.

I l faut également mentionner la technique particulière de Sabine Delaruelle et sa maitrise picturale irréprochable associée à l'utilisation de métaux rouillés comme support: une ancienne pelle récupérée devient le théâtre de saynètes à un ou plusieurs personnages, représentés avec une finesse toute particulière. Les formes et les textures s'associent dans ces œuvres d'une façon résolument originale tout en guidant la main talentueuse de l'artiste en quête de ses créatures.

Sans oublier les demoiselles-chaussures hautes en couleurs de Maryline Collençon, festival de formes, et les poupées à tête de galet, admirablement assemblées par Véronique Devignon,reine du singulier appliqué au textile.            

Parcourant un dédale de ruelles dallées,je me suis ensuite rendu au sommet du village, qui est constitué en réalité des vestiges d'un château du XVIe qui a du être absolument impressionnant. Il va sans dire que, de là haut, la vue est grandiose: le site à lui seul justifie le voyage, alors, lorsque ce regroupement unique d'artistes met tout en œuvre pour valoriser et faire vibrer les vieilles pierres, c'est un endroit résolument étonnant et magique qui semble s'être isolé du monde pour mieux fêter sa singularité.


                   

                                                          

Fin du Premier Acte. Rideau. Le bar est ouvert. Profitez en pour visiter la galerie du petit musée de l'imaginaire dans le hall du blog.