Jeff Roland Outsider Art

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jeudi 20 novembre 2008

A la Rencontre de Chrystèle Saint-Amaux

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J'ai fait la connaissance de Chrystèle Saint-Amaux en voguant sur les mers de l'imaginaire, c'est là qu'on peut la trouver. Dans ses univers, tout semble là pour vous accueillir, vous réconforter : les personnages naïfs qui s'amusent entre eux, les couleurs , si harmonieuses et apaisantes, c'est l'univers d'un rêve. Mais ne vous y trompez pas, lorsqu'on se penche sur les détails, on voit apparaître mille surprises, les fonds eux-mêmes sont autant d'univers parallèles. Il y a un coté Petit Prince dans son œuvre, sauf que le petit prince serait ici nourri de couleurs, pétri de références artistiques et de sens esthétique. Assurément, c'est bien de talent qu'on parle ici, celui de nous entraîner précisément là où elle veut qu'on se rende : vers l'insouciance des rêveries enfantines. Mais accueillons plutôt l'artiste ...

Quand et Comment avez-vous commencé à peindre, dessiner, sculpter etc?

J’ai toujours tenu un crayon, du plus loin que je me souvienne en tout cas. Cette activité ne m’a jamais quittée, comme un compagnon fidèle ! Mes premiers cours de dessin ont été pris vers l’âge de 8 ou 9 ans à Douala au Cameroun où ma petite enfance s’est déroulée. Parallèlement à l’expression par le dessin, je suis aussi absolument fascinée par l’image. J’ai passé des heures à feuilleter les mêmes livres illustrés dont je garde énormément de flash en tête aujourd’hui encore. Petite fille, on m’a rapporté, que j’avais découpé dans une grosse encyclopédie un magnifique papillon. Je me suis souvenue qu’il était bleu récemment ! Une belle bêtise à l’époque ! Je me sert du dessin et des images pour exprimer mes sentiments et surmonter mon tempérament un peu angoissé. Je suis un peu touche à tout et le dessin a évolué en aquarelle, puis en collage, puis en acrylique et je prends aussi souvent des chemins détournés en créant des colliers ou d’autres oeuvres à base de couture... Une maman passionnée, en son temps, de patchwork, un papa bricoleur de génie et accumulateur, un papy un peu artiste au fond doivent être la cause de ce besoin incroyable d’exister en créant, en donnant vie à de nouvelles choses encore et encore !?

Qu'est-ce qui ou qui a motivé votre décision d'en faire votre principale activité ?

Tout d’abord, ça n’est pas vraiment mon activité principale aujourd’hui et je le déplore car mon but est de pouvoir en vivre. Concernant la décision d’en faire une partie intégrante de ma vie, là, c’est un peu long à expliquer ! Je n’exprime mon art et n’en suis fière vraiment que depuis peu de temps en fait (2006). Cette capacité à montrer mes travaux m’est venue et finalement devenue nécessaire grâce à la combinaison de deux facteurs qui ont permis à ma vie de changer totalement :

      - d’une part la fin d’un travail d’introspection entreprit suite à de fortes crises d’angoisse incontrôlables et invivables... Je ne m’autorisais pas à être ce que je suis au fond, je n’acceptais pas d’être constamment en quête de créativité, je n’assumais pas mon addiction profonde pour la création.

      - d’autre part les encouragements et le soutien de mes proches, famille ou amis, qui ont cru en moi et poussé à exprimer mon travail un peu singulier en dehors des murs de ma maison.

Petit à petit la confiance en soi naît et j’avoue qu’aujourd’hui mon univers me permet d’exister et de m’épanouir harmonieusement.

Le plus brièvement possible, comment décrivez vous ce vous faites ( ou essayez de faire) ?

J’essaie de transmettre ce que je ressens ou l’idéal auquel j’aspire en ne quittant jamais des yeux l’enfant que j’ai été. Je veux pouvoir offrir à tout ceux qui découvrent ma peinture l’INSOUCIANCE et la SPONTANEITE, ma quête, cette capacité extraordinaire à n’être pas toujours conscient de la réalité qui nous entoure : comme celle des enfants souvent. C’est d’ailleurs les dessins d’enfants avant 5ans qui m’inspirent le plus et dont j’essaie de retrouver les tracés maladroits. Bien que remplis de déséquilibres, de maladresses, d’incongruités et d’associations de couleurs improbables, les dessins d’enfants sont toujours harmonieux.

Quelle est la place d'un artiste dans la société d'aujourd'hui à votre avis ?

Je crois que les artistes d’aujourd’hui comme ceux de toujours d’ailleurs sont des miroirs, des gardes-fous, des alertes, des témoins, des provocateurs... bref, les artistes sont le reflet d’une époque et à mon sens apportent à chaque fois du renouveau. Ils sont des empêcheurs de tourner en rond et évitent à autrui de devenir comme un poisson rouge dans son bocal !

Être un artiste est-ce bien sérieux ?

Justement, cette question a longtemps été mon gros problème ! Ce qui est sûr c’est qu’il faut être artiste ou tenter de l’être lorsque le besoin est là. Pour être plus terre-à-terre, j’ai tendance à dire que ‘Oui’, c’est très sérieux. Surtout lorsque l’on voit l’énergie qu’il faut avoir pour développer son travail... recherches d’expo, de galeries, accrochages et décrochages, vernissages, présence web... outre l’aspect créatif qui est pourtant le propre de l’artiste, il doit également être comme un véritable entrepreneur et se battre pour exister !

Quels autres artistes vivants aimez vous ? Pouvez vous commenter votre choix?

Paradoxalement les peintres que je retiens et qui me fascinent totalement sont viennois tous les deux et plus là malheureusement. Le premier est Gustav Klimt, incroyablement moderne pour son temps : ce qui me plait dans sa peinture est le mélange des portraits traités de façon très impressionniste à mon sens et les détails décoratifs de ses œuvres, toujours très graphiques avec des formes et des couleurs vraiment actuels. Ce qui m’impressionne chez lui, outre l’association magnifique des couleurs notamment des ors, ce sont les thèmes de sa peinture et sa capacité à représenter les liens entre naissance et mort, entre mère et enfant... Le second est Hundertwasser, un contemporain pour ainsi dire car il est mort en 2000. Lui-même influencé par Klimt me semble t-il, sa peinture ressemble à ce que je veux faire passer, elle est insouciante, les traits et les couleurs sont enfantins… Il y a un pont entre son travail et ce que je cherche à transmettre à travers le mien.

Une contemporaine qui me fascine vraiment et que j’ai découverte à travers les interviews de votre blog, Cristine Cambrea. Très impressionnante dans sa façon de travailler et de parler de son art. Très belle découverte pour moi avec ce côté un peu hallucinatoire. Merci Jeff.

       

Comment aimeriez vous que l'on regarde vos œuvres ? Quelle réaction vous a le plus marqué ?

J’aime voir les gens regarder mon travail, l’observer de prés, prendre leur temps pour tout distinguer ; mes œuvres sont souvent remplies de détails que l’on découvre au fur et à mesure que l’on observe le tableau notamment par l’apport des collages qui constituent souvent mes fonds. J’aime que l’on regarde un de mes tableaux et que cette découverte amène un sourire, une gaieté ou une nostalgie. Mon pari est réussi lorsque cela arrive car je sais alors que j’ai touché en offrant ce petit moment de bonheur insouciant et spontané.

Quant aux réactions, elles sont le plus souvent positives mais deux personnes m’ont vraiment surprise. La première fut une réaction très expressive, très volubile, me disant que le bonheur et la joie de vivre lui explosaient à la figure à travers l’oeuvre ! C’est fort quand même ?! On aurait dit un vrai coup de foudre entre elle et l’oeuvre, comme une attirance irrépressible. La seconde réaction que j’ai rencontrée fut celle des larmes, très touchante car très touchée par mon travail, cette personne fut émue à ce point. C’est un souvenir ineffaçable.

 Dans quel environnement aimez vous travailler ?

J’aime, le plus souvent, être accompagnée par la télé, la radio, les enfants qui vivent leur vie à côté en jetant un oeil de temps en temps et en m’aidant de leurs avis. Mais la solitude peut m’aider à travailler sur des œuvres de grandes tailles, plus difficiles à produire pour moi car j’aime le détail et les petites choses. L’inspiration est une chose vraiment spéciale et mon besoin d’être seule ou accompagnée dépend vraiment d’elle.

 Est-ce que le fait d'avoir une formation académique est nécessaire ?

Tout dépend de l’art que l’on exerce ! Mais je dirai plutôt ‘non’, étant parfaitement autodidacte moi-même. Le besoin de création est parfois si fort que la compétence ou l’apprentissage de techniques n’est plus vraiment la chose essentielle.

Pouvez vous commenter l'œuvre que vous avez choisi ?


C’est une de mes œuvres les plus récentes. Mon travail oscille entre des aquarelles simples sur papier de coton et des collages plus denses. Ici, il s’agit de techniques mixtes sur collage, le tout sur toile. Cette œuvre s’intitule “Le Pêcheur d'enfants” (80x80cm), caché en tout petit, en haut à droite dans les cieux. Personnage discret mais pourtant bien là. Bien que le titre soit effrayant (on me l’a fait remarquer), j’ai tenu à le conserver car il évoque le monde des contes de notre enfance comme Barbe Bleue ou Le Petit Chaperon Rouge... des histoires terrifiantes mais constructrices pour grandir... et puis, le monde dans lequel on vit, nous délivre, avec l’omniprésence médiatique, tout plein d’histoires  horribles et cruelles autour des enfants (aujourd’hui encore). Une œuvre traitée comme un contre sens à mon message de fond habituel, l’insouciance.

Sur quoi travaillez vous en ce moment ? Avez vous des projets ?

Je poursuis mon chemin de la création en m’attaquant à de grands formats et en variant les plaisirs en bricolant tout plein de trucs différents. Ma maison est mon cocon et j’avoue que je suis un peu bricol’woman ! ...quant le temps me le permet !

Vous pouvez bien entendu venir voir mon travail sur mon site  www.latelierdezebulon.com

                                                      

    Avez vous un message à faire passer aux lecteurs (nombreux on l'espère ) de ce blog ?

Oui, celui d’aller de l’avant, de toujours chercher dans tout, la petite étincelle qui brille et réchauffe. Mon message est celui du positivisme coûte que coûte. Mon message est celui de s’autoriser à vivre nos envies même si elles sont loin des conventions. Mon message : existez en donnant le meilleur de vous-même.

mardi 17 juin 2008

A la Rencontre de Robert Dale Williams

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J'ai le plaisir aujourd'hui, juste pour mon anniversaire, de vous présenter, pour ceux et celles qui ne le connaitraient encore pas, Robert Dale Williams. Né en 1972 en Pennsylvanie, R.D Williams est un peintre réaliste américain de tout premier plan, diplomé de l'Académie des Arts de New York, puis élève de Odd Nerdrum. Il nous invite  à partager son experience de la beauté à travers des oeuvres puissantes et revétues d'une certaine aura de mystère. En effet, l'atmosphère toute particulière de ses oeuvres nous interroge, nous emmene ailleurs. Mais pour l'heure, c'est à mon tour d'interroger ce grand artiste promis à un bel avenir (Traduction Jeff Roland)


Cher Monsieur Williams, je suis honoré de vous accueillir sur mon blog, et je pense que vos réflexions vont intéresser pas mal de nos lecteurs, et peut-être déclencher des réactions, mais tout d'abord, pouvez-vous nous dire à quel moment vous avez commencé à dessiner puis à peindre ?

J'ai consacré la plus grande partie de mon énergie créatrice à essayer de devenir illustrateur lorsque j'étais jeune, mais c'est en 1996, alors que j'étudiais le Commerce que j'ai décidé de changer complètement de voie, et ainsi de carrière , en passant à la peinture. Je cherchais un nouveau défi à relever, un domaine dans lequel je pourrais me jeter corps et âme. Ainsi je suis devenu un étudiant en Art dans une autre université. Ce n'était que le début d'un parcours difficile.

Et qu'est-ce qui a fait que vous passiez à la peinture de manière professionnelle ?

Lorsque j'ai entamé mes études, mes peintres préférés étaient les Grands Maîtres et Vincent Van Gogh, Je désirais réaliser des toiles spectaculaires et audacieuses, mais ma technique était trop limitée, et mes professeurs ignoraient les techniques utilisées par les Grands Maitres, Au moment où je suis entré à l'école Supérieure d'art Figuratif de l'académie des Arts de New York, en 2002, mon inspiration venait de  Maitres contemporains comme Odd Nerdrum et Steven Assael.

De votre point de vue,qu'advient-il de l'art et des artistes dans le monde actuel ?

Aujourd'hui, il y a tant d'artistes qui sont des caricatures de ce que la population imagine être des artistes, C'est de la comédie : vous pouvez acheter des reproductions couleur produites en série, lesquelles ont été fabriquées très vite uniquement parce que l'artiste essayait de se constituer un catalogue, Aujourd'hui l'art se moque de lui-même, il est plus que jamais à son propre service.


Dans cette situation, être un artiste a-t-il encore un sens ?

Oui, c'est possible, mais c'est comme dans les autres professions : Si vous ne fournissez pas un travail de valeur, de qualité, aux gens, vous ne faites que votre propre promotion, et cela n'a aucun sens de rendre vos efforts publics, la plupart des artistes ne peuvent dépasser le stade du « Regardez-moi ! » et « Regardez ça ! », Martha Mayer Erlebacher, l'une de mes professeurs de l'académie des Arts de New York, m'a appris à me montrer généreux envers le spectateur, C'est à dire, qu'est-ce que votre peinture apporte à celui qui la regarde ? De la Beauté, de l'émotion, ou ou de l'admiration ? La plupart des artistes recherchent la célébrité à un degré ou un autre. Lorsque j'étais plus jeune, pendant un temps, je me suis confronté à mon propre ego, puis , je l'ai mis de coté et me suis concentré sur ce que mon travail apportait réellement aux spectateurs.


Quels autres artistes aimez-vous alors ?


La plupart de mes artistes favoris sont des élèves d'Odd Nerdrum : Helene Knoop, Jan Ove Tuv, Monika Helgesen. Récemment, j'ai découvert un jeune peintre russe qui s'appelle Alexei Golovin, absolument fantastique. Pour en citer quelques autres, j'aime aussi Steven Assael, Jeremy Lipking, Adam Miller, Daniel Greene, et Nelson Shanks.


Je vous propose de regarder un exemple de la peinture d'Alexei Golovin, " Self Portrait with Grandfather" , (Autoportrait avec Grand-Père)

Et laquelle de vos propres oeuvres avez-vous envie de montrer à nos lecteurs?


Il s'agit d'une huile sur bois de 2005 intitulée «  Man with a Fur Hat » (L'Homme au chapeau en fourrure)


Comment aimeriez-vous que les gens voient votre travail ?

Si j'ai réussi, mes peintures devraient susciter l'empathie chez les spectateurs . J'espère leur procurer une expérience mémorable.


Est-il nécessaire selon vous d'avoir reçu un enseignement académique ?

La réponse dépend beaucoup de la sorte de peinture que vous voulez produire. Dans le cadre de mon propre parcours, la formation académique et l'étude d'aprés nature ont été essentiels. Dans le monde de l'art, toutefois, on peut être « autodidacte » et être considéré comme un « génie ». Si vous voulez être un grand artiste, vous pouvez vous moquer des règles et faire quand même une belle carrière. Si vous voulez être un grand peintre, le défi que vous devez relever est en quelque sorte de capter et canaliser la beauté de la nature


A quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je continue une nouvelle série de peintures, j'espère que tous , vous pourrez voir les résultats sur mon site web www.robertdalewilliams.com , dans le courant de cette année.


Et pour conclure ?

J'aimerais remercier Jeff Roland de me donner l'occasion de parler de mon travail, je suis impatient de voir son projet de musée porter ses fruits.


Je tiens encore à remercier monsieur Williams de sa présence ici, j'espère que cette interview vous aura satisfaite, et qu'elle va susciter commentaires et débats, vous êtes les bienvenus pour le faire sur ce blog. N'oubliez pas de visiter www.robertdalewilliams.com

Quant à nous , on se retrouve demain pour de nouvelles elucubrations, et quelques nouvelles de l'avancée de mon travail.