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Je suis plus que ravi d'accueillir Cristine Cambrea sur ce blog, sa peinture fait partie de celles qui m'ont fortement motivé et inspiré, son originalité est totale, il vous suffit de laisser votre âme dériver le long de ses lignes courbes harmonieuses et ses couleurs changeantes, laissant les toiles vous emplir d'énergie. Cristine était l'une des artistes qui m'a encouragé à montrer mon travail , et ses commentaires sont toujours du plus grand intérêt. Avec une carrière qui décolle vraiment maintenant et de manière tout à fait méritée, elle est appréciée par de nombreux amateurs d'art.Et comme si cela ne suffisait pas, son discours est apaisant, elle est étonnante à écouter parler, parce qu'elle est d'une sincérité à toute épreuve. Vous ne serez pas déçus, je vous assure, mais si vous le voulez bien, faisons place à l'artiste :

Dis-moi, Cristine, tu peins depuis combien de temps ?

J'ai toujours adoré dessiner, d'aussi loin que je m'en souvienne. Petite fille, je passais le plus clair de mon temps à échapper à mes trois jeunes frères en me réfugiant dans ma chambre. A cette époque-là, Internet n'existait pas, et je n'ai pas grandi avec une télé dans ma chambre, ou des jeux vidéos, je n'avais que mon imagination. J'étais fascinée par M.C Esher, je crois que c'était le seul livre d'art que je possédais quand j'étais gamine.Je regardais ses dessins pendant des heures, en essayant de suivre des yeux ses énigmes visuelles, je m'amusais également à les regarder de loin puis de près, alors mes yeux percevait le dessin d'une façon puis complètement différemment, et ses dessins me fascinaient, à mes yeux, c'était de la magie. Comment est-ce qu'il pouvait dessiner quelque chose qui apparaissait différemment selon la façon dont on le regardait ? J'aimais aussi beaucoup les labyrinthes, et au lieu de tracer le chemin de sortie à l'intérieur, je cherchais le bon trajet avec les yeux ? Mes premières créations furent aussi des labyrinthes que je dessinais au crayon de papier et dans lesquels j'incorporais des mots, puis je suis passé à l'encre, ce que j'ai trouvé plus compliqué puisque je n'avais plus droit à l'erreur, une fois que l'encre était là, je ne pouvais plus gommer. Et c'est là que j'ai commencé à utiliser mes erreurs pour créer des images. Le trait n'était plus une erreur mais un nez, et en ajoutant un œil et une bouche , j'obtenais un visage. Mais si je continuais mon labyrinthe de lignes, alors le visage était caché et cet enchevêtrement de visages dissimulés et de mots se mêlait à l'ensemble. Puis j'ai commencé à dessiner des petits mondes à l'intérieur d'autres mondes, en dessinant de manière obsessionnelle sur chaque centimètre carré du papier. Pendant des années, je n'ai dessiné qu'en noir et blanc, pour aboutir à une certaine maitrise de la technique de l'encre sur papier, dans ce style-là. En gros, c'était des gribouillis évolués . Ce qui m'amusait, c'était lorsque les gens ne voyaient pas les dessins cachés et que je devais leur montrer. C'était là, mais moi seule pouvait les voir. C'est devenu une façon pour moi de conserver des secrets et un peu d'intimité. Je dessinais tout un tas de symboles, lesquels, une fois découverts, permettaient de lire une sorte de journal. Tous mes secrets les plus sombres,mes sentiments les plus profonds, mes expériences, étaient cachés à l'intérieur de ces dessins. Ils sont devenus mon journal intime et je pouvais les laisser en évidence sans que mes parents, ou mes frères puissent y comprendre quoi que ce soit. A l'époque, je travaillais sur une seule et même page pendant des mois. Il ne s'agissait pas de terminer une œuvre, mais de me perdre, et j'ai appris à résoudre mes problèmes de cette façon.Mes dessins pouvaient éloigner la souffrance, de la même manière que l'écriture pour certains. C'était en somme des symboles et des histoires emballés dans les lignes et les motifs.Je ne voulais pas que le dessin soit terminé parce que ce n'était pas tout, j'avais encore des expériences à raconter et à des choses à faire sortir. Je détestais que la page soit remplie et que je sois obligée de recommencer sur une autre.Je les emportais partout où j'allais, je les utilisais pour mettre une barrière entre moi et le monde. Au lycée, c'est dans la classe de dessin que je passais le plus clair de mon temps libre. J'y prenais mon repas, j'y restais aux pauses, et j'ai eu la bénédiction de tomber sur un professeurincroyable qui m'a encouragé à explorer le style que j'étais en train de créer. C'était mon endroit, je n'aimais pas le sport ou les clubs, et comme la plupart des artistes j'étais un peu une sorte d'individu à part – la fille bizarre qui vit dans son monde.

Et comment es-tu devenue artiste professionnelle ?

Je n'avais jamais pensé gagner ma vie grâce à mes créations. Je les réalisais parce qu'il fallait que j'échappe à la réalité, pour réfléchir à ma vie, c'était ma forme de méditation. Ce qui m'a motivé pour en faire mon activité principale a sans doute été l'état désastreux de mes finances. J'avais une boutique d'artisanat importé pendant quelques années et j'ai décidé de fermer le magasin pour vendre les objets sur Internet, sur mon site web et les magasins online dont je me servait pour continuer mon business pendant les rigoureux mois d' hiver dans le Vermont. Alors que j'attendais que mon container d'objets artisanaux arrive de Bali, je me suis retrouvé sans rien à vendre et aucun moyen de gagner ma vie. Le container ne devait arriver que trois mois plus tard et c'était vraiment problématique. Comme la situation était assez déprimante, j'ai commencé à peindre plus souvent , puisque c'était mon échappatoire privilégié. J'ai alors commencé à observer le marché artistique online, et j'ai remarqué que, comme pour la vente d'artisanat sur le web, les artistes réussissaient vraiment très bien à vendre leurs œuvres. Afin de réaliser un test, j'ai créé quelques petites œuvres peintes sur papier 10cm par 15 et elles se sont vendues tout de suite.Je suis passé à la toile et j'ai commencé à créer des œuvres plus grandes – elles se sont vendues aussi. Lorsque le container est finalement arrivé, je payais déjà mes factures grâce à mon art. J'ai fait ça pendant environ un an et et j'ai vendu des centaines d'œuvres sur internet avant même que je montre quoi que ce soit en public. Dans ma ville, le bruit s'est répandu comme quoi j'avais fermé ma boutique d'import d'artisanat et que j'avais commencé à vivre de mon art. Une boutique locale a accueilli une de mes expositions en 2005 et je me suis bien éclaté en parlant de mes œuvres en public. Après quelques semaines d'expo, une galerie locale m'a contacté pour me proposer de me représenter lorsque mon expo dans la boutique serait fini. Ces trois dernières années ma carrière artistique a décollé. Je suis à présent représenté par 8 galeries différentes qui m'ont repéré on ne sait comment et la liste continue de s'allonger. Je continue à exposer sur le net et à vendre sur mon site web, ainsi que dans quelques galeries virtuelles. J'ai appris que lorsqu'une porte se ferme, une autre s'ouvre. J'ai appris également que les choses se passent EXACTEMENT de la façon dont elles doivent arriver. De plusieurs points de vue, c'est une bénédiction que les événements aient tourné de cette façon. C'était le défi à relever au départ, séparer le processus créatif du redouté mais nécessaire aspect commercial. Avec le temps, j'ai appris à séparer les deux. Heureusement, j'ai conservé la joie que procure la création, même si à présent je compte aussi là dessus pour survivre.

D'accord, alors, le plus brièvement possible, qu'est-ce que tu essaies d'atteindre par l'art?

Mon espoir, c'est que mes œuvres incitent les gens à penser, sentir et regarder vers l'intérieur d'eux-mêmes. Qu'ils établissent un lien entre leur vie, leur propre expérience, et les symboles que j'ai créé, et j'espère aussi qu'ils aient le sentiment que la peinture leur adresse la parole personnellement. Pour chaque peinture que je crée, j'ai confiance en l'univers pour qu'il connecte l'œuvre à la personne qui a besoin de ressentir ou d'entendre son message.

Est-ce bien raisonnable d'être artiste ?

Raisonnable ou pas, c'est tout ce que je connais. Je n'en ai fait ma profession que ces dernières années dans des circonstances particulières. Je n'ai jamais créé en me disant que ce pourrait être une carrière. Je l'ai fait car il le fallait, c'était mon refuge hors du monde, et le moyen pour moi de gérer mes problèmes, le stress, l'anxiété et c'était aussi une façon pour moi de comprendre mon subconscient.Les artistes ne devraient juste être sincères, avec les autres et eux-mêmes, et faire ce qui nourrit leur âme. L'énergie que l'on crée en procédant ainsi infuse la peinture et bénit chaque personne qui la regarde. Peignez avec l'esprit clair, lumineux et ouvert et faites passer.

Quels autres artistes vivants admies-tu ? Et peux-tu expliquer pourquoi ?

Étrangement, mes artistes favoris en ce moment sont ceux qui tendent le plus vers la simplicité. Les peintures où j'aime poser les yeux sont des œuvres calmes et sereines. J'aime la couleur et les œuvres très travaillées mais puisque c'est le type de peinture qui m'entoure au quotidien, les peintures que j'accrocherais chez moi doivent être reposante pour les yeux et dégager une énergie tranquille. Récemment je me suis mis a apprécier les BELLES peintures. Ce que je décris est à l'opposé de ce que je crée et suis capable de créer. J'ai beau essayer de mon mieux , je n'arrive pas à produire des peintures calmes et belles. Je suis obsessionnelle de nature et pour moi, laisser un visage ou un monde qui est si évidemment présent signifierait que je ne reconnais pas son existence. Je DOIS peindre ce que je vois, ou pour moi, la peinture n'est pas terminée.

Croyez-moi j'ai essayé, mais le truc c'est que ça me travaille tellement que je cède à l'envie de dessiner ce que je vois. Ainsi, mon artiste préférée en ce moment , c'est mon assistante Shawna Cross. Elle travaille sur des grands formats à l'huile. Elle réalise des abstraits plein d'expression et l'énergie qui s'en dégage ,lorsque je me tiens debout devant ses peinture, me procure un profond sentiment de paix. Sa façon de peindre m'inspire beaucoup également. Souvent, je la trouve sur le sol en train d'écrire ( pas en train de faire des croquis, non, en train d'ECRIRE ) parfois, elle fait ça pendant toute une journée et soudain, sans prévenir, elle se lève d'un bond et attaque sa toile.Elle dit que ça l'aide à comprendre ce qu'elle peint. Pour elle, c'est une expérience symbiotique.Les secrets de ses toiles se cachent dans ses livres et c'est, comment, si tentant de vouloir lire tout ça. Bien sur, je ne me permettrais pas un tel viol mais je suis curieuse de savoir.

Laquelle de vos œuvres voudriez-vous présenter à nos lecteurs ?

C'est ma préférée, elle s'intitule «Obatala », elle rassemble en une pièce toutes les techniques mixtes que j'aime, ainsi que ma spiritualité. « Obatala » est un Orisha (divinité) qui vit dans les montagnes et représente la Sagesse, la Paix et la Pureté.

Comment aimeriez-vous que les gens voient votre travail ?

J'aimerais que les gens se disent que la peinture a été créée juste pour eux. J'adore quand les gens établissent un rapport entre leur propre vie et mes symboles et histoires. Lorsque ça arrive, on ne se sent plus tant dans une carrière égoïste , comme si je réalisais des toiles destinées à les aider à comprendre leur propre vie ou à voir leur monde différemment. J'adore aussi lorsque mes toiles suscitent la créativité chez les gens. Quelqu'un que je connais qui s'adonnait jadis aux arts et que la vie et le quotidien a interrompu, s'est remis à peindre en voyant mon travail. Je suis parfois témoin de réactions étranges et pas mal de gens pensent que je prends des drogues hallucinogènes – ce qui n'est pas le cas, pour dire vrai. C'est toi, Jeff, qui m'a fait un des commentaires les plus gratifiants que j'aie reçu. Tu m'as dit que tu sentais qu'il y avait comme un guide spirituel qui communiquait avec toi à travers la peinture. On ne peut guère attendre mieux que ça.

Et bien, c'était sincère et c'est vrai que c'est une peinture qui ne cesse de vous parler, mais revenons à nos moutons, quel environnement de travail préfères-tu ?


Quand je peins, j'aime être complètement seule. Pour que ça soit parfait, il faut qu'il fasse sombre ou nuit dehors, qu'il y ait du silence et que les téléphones soient éteints. J'ai besoin du silence pour être totalement ouvert à l'univers avec absolument aucune distraction. J'ai besoin d'être sûre que je ne devrai pas arrêter à telle heure et que personne ne va m'interrompre. Avant, je créais une atmosphère avec des bougies, de l'encens et des méditations pour éclaircir mes pensées. Je le fais toujours de temps en temps, mais pour le moment, le simple fait d'aller dans mon espace de travail me met dans l'état recherché. Pour le dessin, c'est exactement le contraire. J'aime dessiner dans le bruit, lorsqu'il fait clair, avec plein de monde autour. Je prends mes peintures à des soirées si possible et je communique avec des gens tout en dessinant assise. Si je suis seule dans le studio, je mets un film et je l'écoute en dessinant. Tout ceci est en fait destiné à me sortir de ma tête et à me distraire. Tout le truc, c'est que je ne pense pas à ce que je suis en train de faire. Dès que je commence à réfléchir à ce que je suis en train de dessiner, je n'atteins plus mon but. Mon but, c'est quoi ? De créer sans la pensée, je fais confiance à mon intuition pour me guider. Et dès que les pensées me viennent, je ne suis plus connectée. Cette connexion, c'est ce dont j'ai besoin dans ma vie. Il y en a qui la trouve dans le sport, la musique ou la danse, moi, c'est l'art. J'ai appris que si je me fies à cela, les peintures sont exactement comme elles étaient censées être. Il m'arrive de ne pas trop les aimer, mais le processus et les réponses qui en découlent sont le plus important pour moi.

Est-ce nécessaire d'avoir suivi un enseignement 'classique' ?


Bon, ça, c'est la question piège..... ça dépend de ce que vous faites. Si vous essayez de faire du réaliste photographique alors, oui, c'est sur. Dans mon cas, je pense que ça me conduirait tout droit à l'asile. Je n'ai ni la patience, ni le tempérament pour travailler comme ça. Moi, les photos, ça me va. Ça ne veut pas dire que je ne suis pas en admiration devant ceux qui peuvent faire ça avec talent mais simplement je ne sais pas faire ça. Mon premier cours de peinture à l'université était un cours de maitrise. Les étudiants avaient tous déjà fait quatre ans de peinture et moi, j'avais pris ça en cours supplémentaire, je ne sais même pas si j'ai validé quelque chose, enfin bref, mais comme j'étais en retard aux inscriptions, le cours de peinture débutant était déjà complet. J'ai apporté mon book au prof et je lui ai demandé si je pouvais me joindre à sa classe. J'ai bien aimé, parce qu'on ne se voyait qu'une fois par mois et en fait, on pouvait faire exactement ce qu'on voulait. On pouvait utiliser l'atelier si on voulait ( ce que j'ai évité – j'aime travailler seule) et ensuite on se réunissait et on critiquait nos travaux. Bon, rapidement, j'étais devenu le sujet de plaisanterie de la classe, parce qu'avec absolument aucune formation en peinture, mon travail semblait être celui d'un enfant, comparé aux autres étudiants. Le dernier jour, le prof m'a pris à part et m'a suggéré d'arrêter les cours d'arts plastiques. Il m'a dit que mon travail deviendrait académique et qu'il finirait par ressembler à ce que tout le monde fait. C'est la première fois que j'ai entendu le terme de 'Outsider Art'. Il m'a conseillé de me renseigner. Ce que j'ai fait, et je pensais que j'avais trouvé ma tribu. Après de plus amples recherches, j'ai découvert que je ne pouvais pas m'identifier à cela non plus., Même si mon travail ressemblait beaucoup à celui des artistes outsiders, je n'étais pas un outsider. J'ai vécu dans des grandes villes toute ma vie, je n'ai jamais été dans une quelconque institution, et je ne raffolais pas de l'usage clinique du terme. Donc, ce n'était pas ma tribu, et j'ai décidé d'arrêter de chercher ma tribu ou une boite ou je pourrais me ranger. Tout ça, c'était parfait jusqu'à ce que je montre mon travail à d'autres. Tout le monde réclame une étiquette. C'est quelle sorte de peinture ? Avec l'aide de mon beau-père et d'internet, je me suis trouvé une étiquette : Art Visionnaire. Après avoir lu l'essai de Alex Grey où il explique ce qu'est l'art visionnaire, j'ai senti comme une case qui m'entourait. Mon procédé de peinture est tout à fait en phase avec l'art visionnaire. Utiliser l'énergie divine pour me guider dans mon travail. C'est un processus spirituel par lequel je débranche le monde et je me connecte au monde spirituel. Des mondes surréalistes avec un procédé visionnaire, j'ai donc maintenant l'étiquette Artiste Visionnaire Surréaliste.

A quoi travaille tu en ce moment, est-ce que tu as des projets ?


Et bien, là, je travaille à répondre à tes questions, auxquelles j'ai mis bien longtemps à répondre et je présente mes excuses pour ma procrastination. Aujourd'hui, c'est une journée 'hémisphère gauche' – emails, envoi de colis, impression de reproductions, etc.... C'est considéré comme un jour de travail. Demain je pourrai jouer et peindre et dessiner. J'ai des peintures en route, sur toile et sur bois. Je travaille aussi à des sculptures dans différentes matières parmi lesquelles le bois flotté, l'argile et d'autres choses encore. Il y a aussi un projet que je ne finirai peut-être jamais mais le procédé m'amuse et je ne suis pas du tout pressée de le voir terminé.

Et bien merci beaucoup pour cette interview passionnante, n'oubliez pas d'aller visiter son site www.ccambrea.com , découvrez l'étendue de son talent, quant à nous on se retrouve bientôt pour de nouvelles aventures artistico-élucubratives.